Première
taffe
A notre époque pour être un homme, un vrai, il fallait faire très tôt notre apprentissage de cette béquille sociale. Comme dans les textes D’Audiard, nous l’appelions la clope, la tige,
la cibiche ou la sèche. Nous avions 13 ou 14 ans. Dieu que les
premiers essais étaient désagréables ! Pour les plus sensibles d’entre nous, les
crapoteurs du dimanche dont je faisais
parti, le dégoût s’accompagnait d’un mal de cœur irrépressible. Pour les autres, nous avions l’impression que cela faisait des années qu’ils taffaient. Pour moi, cette première expérience avec la
référence de l’époque, la fameuse parisienne dite P4 fut une catastrophe. Entre les vomissements, le mal de tête Je suis passé par toutes les couleurs. L’errance tabagique commençait. Le tabac imprégnait sa marque et la dépendance s’installait sournoisement. Nous fumions sans souci, sans complexe et sans
culpabilité, comme nous croquions dans la vie sans l’épée de Damoclès. Ces paquets de cigarettes bon marché de couleur Bleu et blanc avec quatre cigarettes à l’intérieur, coûtaient à
l’époque 18 cts. Ma première cigarette, je l’ai grillé avec D.R.,G.H. Pour assouvir notre nouvelle occupation, avec G.H., J.B. ,D.R., L.V., B.P., M.D. et D.T., nous
avons cherché l'endroit idéal pour satisfaire ce désire. Et nous l’avons trouvé. A l’arrière de l’école Briquet, du coté des habitations des instituteurs, il y avait un mur avec une
margelle qui permettait de circuler. En montant sur la cave à cochon nous escaladions le mur et derrière ce mur il y avait un terrain et une serre. C'était l’endroit idéal pour taffer sans être
aperçu. Une seule fois ma Tégnouse dit Peau de Vache (toujours elle) qui en sortant de chez elle avait vu deux pieds passer de l’autre coté de ce mur et se mit à nous eng……. en prétextant qu’elle
connaissait les propriétaires et qu’elle allait les prévenir. Bien entendu, nous attendons toujours les propriétaires.
Cigarette pétard
Un jour j’avais acheté des pétards TIGRE chez Mme Serot et avec D.R. et L.D. nous avions reconstitué une cigarette en incorporant à l’intérieur un
pétard. Celui qui fut victime fut le frère de L.D., T.D. qui vit sa superbe chevelure diminuer en l’espace de trente secondes. Pendant quelques temps nous nous sommes réunis dans
cette serre. Puis comme certains commençaient à vandaliser G.H.,D.R.,L.V. et moi-même avons arrêté de nous retrouver dans cet endroit.
Au bahut
Après les cigarettes en cachette il fallut s’affirmer dans les latrines malodorantes
du lycée Jules- Ferry, comme je le dis dans l’introduction, j’ai passé mon temps avec la clope collée au bec qui faisait un peu pleurer les yeux et que l’on fumait négligemment en tapotant avec
rage le flipper ou à balayer les poignées du baby au bistrot.
Des histoires sur notre époque cigarette je pourrai vous en raconter des pages et des pages mais comme à quarante ans j’ai payé ma contribution à cette saloperie je ne vais pas plus
m’étendre.