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Souvenir d'un enfant de cœur


Même si cela paraît très surprenant, mais dans ma famille nous fumes élevés ma sœur et moi avec une éducation dite judéo chrétienne. Comme beaucoup d’enfants à notre époque, ma sœur fit sa communion. Moi pour les raisons suivantes, manque d’assiduité au catéchisme et notes inférieures à la moyenne, le père Denis me recala. Bien entendu je me fis une raison de cette décision car le plus important dans la communion c’est bien connu ce sont les cadeaux. Mon père ancien séminariste eu la bonne idée d’épouser ma mère et non d’épouser Dieu. Vous me voyez aujourd’hui à vous expliquer que je suis le fils d’un prêtre ? Mon père donc avec son éducation de jésuite même si il ne supportait plus la dite curail, ne nous a jamais interdit d’avoir une relation avec l’église. Bien entendu les bondieuseries ne m’intéressaient pas et cette mayonnaise n’a jamais prise avec moi. Ce que j’aimais, c’était les hommes et là nous fumes servi avec l’Abbé Moreau dans un premier temps puis avec l’Abbé Denis. Nous avons tous le souvenir de l’Abbé Moreau, qui fumant sa pipe, envoyait des jurons lorsque celle-ci tombait par terre parce qu’il venait de s’assoupir. Parce que cet homme me fascinait, je devins Enfant de Cœur avec Didier Bucchi, Thierry et Luc Durieux, Patrick Dugat. Je crois que nous avions aussi enrôlé Gérard Hantzberg et quelques autres, mais il faut que les souvenirs me reviennent. En gros une belle brochette au service de Dieu ? Malheureusement l’Abbé Moreau prenant sa retraite nous eûmes à servir l’Abbé Denis.

 

En prenant contrat avec l’église, le revers de la médaille, c’était qu’il fallait servir la messe. Tous les Dimanches et certains soirs de la semaine. Il fallait s’y coller sans pour autant avoir le droit d’aller casser la croûte au moment de la communion. Je ne dis pas que de temps en temps nous ne prenions pas avant que le l’abbé arrive un coup de jaja dans la sacristie non ça je ne dirai pas. Je ne dirai pas non plus que de temps en temps nous ne mangions pas quelques hosties ou le pain béni non ça je ne le dirai pas non plus. Je ne dirai pas non plus qu’avec nos aubes, nous avions un certain succès auprès des filles. Ca je vais le raconter.

 

Mon vendredi Saint de 1964 avec l’Abbé Denis

 

L’Abbé Denis nous expliquait toujours que pendant l’élévation nous devions  baisser la tête, Le seigneur descendant j’imaginais que si par malheur je me permettais de transgresser la règle il pouvait y avoir un terrible châtiment. Pourtant petit à petit, de messe en messe, emporté par une certaine curiosité, je levais légèrement les yeux, puis de plus en plus, espérant un mouvement du Christ, mais je n’entrevis rien, pas le moindre mouvement céleste. Je finis donc ce 27 mars 1964 à carrément lever les yeux pendant que les autres courbaient l’échine. Toujours rien, ça commençait à devenir sérieux, le Christ avait-il abandonné notre église. A genoux devant l’autel je réfléchissais donc à ce problème, lorsque je m’aperçus que juste derrière moi la petite Marie-Françoise L.R. avec qui j’avais eu une relation amoureuse qu’un enfant de onze ans peut avoir, me regardait. Je fis donc un léger mouvement de rotation vers la droite pour mieux l’apercevoir, mais comme je tenais un superbe cierge celui-ci vint en contact avec la nappe qui recouvrait l’autel. Ce fut une catastrophe. La nappe de l’autel s’embrasa et la bignole de service Mme R. au lieu de faire le nécessaire pour éteindre le début d’incendie voulut me donner une paire de claques. Voyant arriver le mastodonte je fis une superbe esquive en me mettant légèrement sur le coté et la bignole d’un geste digne d'un karateka cassa en deux le fameux cierge. Je ne sais qui arrêta le début d’incendie, ce que je sais c’est que la messe fut perturbée et que le père Denis m’en voulu beaucoup.


1965 un jeudi Saint pas ordinaire.

 

Le Jeudi Saint est le premier jour des jours saints que l'on appelle, "Triduum Pascal". Pendant les trois jours, les catholiques revivent les derniers instants de la vie du Christ sur terre. Le Jeudi Saint nous célébrons le dernier repas du Christ, la Cène, puis sa dernière nuit au mont des Oliviers avant son arrestation.

Lors de cette messe, le prêtre lave les pieds de certains fidèles et refait à ce moment les mêmes gestes que le Christ a effectués lors de la Cène. Il quitte une partie de ses vêtements de célébrant, enfile un tablier et s'agenouille aux pieds des personnes avec une bassine et une serviette. Surtout il ne faut pas pensé qu’il est très agréable de se faire laver les pieds par un prêtre surtout en cette année 1965. Maintenant que je vous ai expliqué le pourquoi de cette journée, je vais maintenant vous expliquer cette journée pas ordinaire.

 

En cette année 1965, je ne sais plus si ce jeudi tombait en mars ou en avril, ce que je peux vous dire c’est que cette journée était très belle. Mon père qui avait peu de temps à consacrer à refaire une clôture qui séparait le jardin, me proposa de repeindre la dite clôture d’un vert bouteille très soutenu. Des le matin prenant mon courage à deux mains, je commençais à peindre cette clôture. Puis dans la journée mon copain D.B. ne voulant pas me laisser seul attaqua la partie arrière de cette clôture. Au bout d’une heure les coups de pinceaux arrivaient très rarement sur la barrière. Nous avions de la peinture de la tête aux pieds. Arriva l’heure fatidique ou il fallut se préparer pour servir la dite messe. Comme il nous restait peu de temps nous fîmes un nettoyage sommaire de façon à ce que cette peinture verte n’apparaisse plus à la vue des gens. Puis nous partîmes tous les deux rejoindre nos camarades et nous préparer pour servir la messe. Ce jour là il y avait à l’église un dignitaire de l’église, Monseigneur Renard Evêque de Versailles que beaucoup d’entre vous ont connu. La messe se passa tout à fait normalement. Puis vint le moment critique. Comme je l’ai dit plus haut je suis devenu enfant de cœur non pas par vocation mais plus par camaraderie. Je précise que D.B. avait les mêmes convictions. Donc le prêtre demanda à un ensemble de personnes de venir se laver les pinceaux et demanda à cinq enfants de cœur d’en faire autant. Je ne peux vous dire qui étaient les trois autres. Mais les deux arsouilles furent dans le lot. Donc D.B. et moi-même après un temps de réflexions dépassant toute attente nous nous mîmes pieds nus. Je ne vais pas vous décrire le tableau. Je pense que nos pieds ressemblaient plus au champ des oliviers par la couleur qu’aux pieds des fidèles de la Cène. Tous les regards des personnes qui étaient autour de nous se fixèrent sur nos pieds. Par un simple geste artistique nos pieds devenaient célèbres. L’Abbé Denis voyant la situation se mis à faire des gestes de la tête pour nous demander de remettre de suite nos chaussettes ce qui fut fait dans la seconde. La messe se termina normalement. De ce jeudi Saint je ne retiendrais que deux choses. Premièrement l’église n’aime pas les arts nouveaux et deuxièmement lorsque votre père vous propose de peindre une clôture, il vaut mieux la faire seule. Cela vous évitera de prendre une engueulade par les deux pères Maurice. Creveau et Denis     

 

 

 

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